Sous la barre du million de ventes, l’immobilier français se grippe face aux turbulences mondiales

La reprise attendue sur le marché du logement ancien a calé dès le premier trimestre, étouffée par l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie. Redoutant un retour de la hausse des taux d’intérêt, les candidats à l’achat temporisent pendant que les établissements bancaires resserrent aussitôt les conditions d’emprunt. Ce freinage soudain, dévoilé ce jeudi, se traduit par des prix totalement atones en province et un nombre d’acquisitions qui demeure coincé sous le seuil du million de transactions sur un an.

Une mécanique qui cale juste au moment d’accélérer. Le frémissement entrevu en fin d’année dernière sur le marché de la pierre s’est dissipé sous l’effet des tensions internationales.

L’indicateur de référence Notaires-Insee confirme une quasi-immobilité des prix comme du nombre de ventes au premier trimestre dans l’Hexagone. Le redémarrage tant attendu par les professionnels bute sur les ondes de choc du conflit au Moyen-Orient.

Cette crise géopolitique a directement tiré vers le haut le prix des hydrocarbures depuis la fin février. Ce sursaut inflationniste ravive mécaniquement la menace d’une remontée des taux d’intérêt, ce qui fige instantanément l’ensemble des intervenants du secteur immobilier.

D’après Elodie Frémont, présidente de la commission des statistiques immobilières des notaires du Grand Paris, les indicateurs apparaissaient bien orientés à la fin de l’année 2025 et laissaient entrevoir des perspectives très favorables ; mais le contexte géopolitique a, selon elle, très rapidement enrayé cette dynamique.

Des banques nettement plus prudentes

Cette secousse rebat les cartes du côté des acheteurs comme des financeurs. Les banques passent désormais les revenus au crible avec davantage d’exigence et ralentissent sensiblement leurs délais d’accord.

Pour les ménages, ce climat nourrit une posture d’attente chez les acquéreurs potentiels, observe la notaire parisienne. Dans les agences, les conseillers instruisent les dossiers de financement avec plus de fermeté, ce qui se traduit par des délais allongés, voire par des refus de prêt.

Les intermédiaires en crédit tirent la sonnette d’alarme. Le pincement entre la hausse redoutée des taux et un taux d’usure légal encore figé menace de bloquer une part importante des demandes de financement.

Pour autant, en mars, la production de crédits progressait encore de 9 % par rapport à février. Le taux moyen des nouveaux emprunts s’est établi à 3,22 %, quasi stable face aux 3,23 % de février et aux 3,20 % relevés un an auparavant, en mars 2025.

Un compteur bloqué sous le million

Il faut se souvenir qu’au milieu de l’année 2022, la flambée brutale des taux avait servi de détonateur à la lourde crise qui a frappé aussi bien l’ancien que la construction neuve.

Elodie Frémont reconnaît la difficulté à anticiper l’évolution du marché immobilier dans un environnement international aussi incertain.

Les signatures chez le notaire reposent sur un équilibre des plus fragiles. L’institut statistique recense 952 000 ventes finalisées entre avril 2025 et la fin du mois de mars de cette année.

Ce chiffre rejoint presque à l’unité près le bilan des douze mois clos fin décembre 2025. L’estimation Insee-Notaires souligne néanmoins que ce total dépasse de 8 % l’activité observée fin mars 2025.

Ce palier rompt avec la tendance des derniers mois. Le nombre de transactions grimpait sans interruption depuis octobre 2024, après une longue glissade entamée dès la fin avril 2022.

La province totalement à l’arrêt sur un an

À l’échelle nationale, le mouvement des prix reste infime. Les logements anciens enregistrent une très légère hausse de 0,1 % par rapport au premier trimestre de l’année précédente.

Cette moyenne masque des écarts selon le type de bien. Les appartements gagnent dans l’ensemble 0,6 %, tandis que le prix des maisons recule de 0,2 %.

C’est la géographie qui révèle la vraie ligne de fracture. En dehors de l’Île-de-France, les prix en province sont gelés depuis un an et n’ont absolument pas bougé sur le dernier trimestre.

Le modeste +0,2 % mesuré au niveau national par rapport au quatrième trimestre 2025 tient exclusivement à la région francilienne. L’Insee a par ailleurs revu en baisse la variation de fin 2025, ramenée de +0,5 % à +0,3 %.

En Île-de-France, les logements valent 0,9 % de plus qu’à la fin 2025 et 0,6 % de plus qu’au début de la même année. Ce sursaut est tiré par les appartements franciliens, en progression de 1 % sur un an, dont la valeur grimpe de 1,3 % en petite couronne. Dans Paris intra-muros, avec une augmentation comparable de 1 %, le mètre carré atteint en moyenne 9 600 euros, alors que les maisons de la région prolongent leur baisse, à -0,4 %.

L’essentiel à retenir

  • Le conflit au Moyen-Orient ravive l’inflation et stoppe net la reprise des ventes de logements anciens entamée fin 2025, plaçant les acheteurs dans l’expectative.
  • Les banques instruisent les demandes de prêt avec une grande rigueur, ce qui rallonge les délais et accroît le risque de refus, sur fond de crainte d’une hausse des taux.
  • Les prix se figent intégralement en province sur un an : la maigre progression nationale ne doit son existence qu’aux appartements de la région parisienne.
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